Maman ! Pourquoi la méchante machine jaune croque la rue avec ses dents de
crocodile ? Dit l’enfant. En même temps l’artiste à sa fenêtre « croque » la
croqueuse de bitume, séduite par l’appétit brutal de l’engin et son bel habit
jaune ; Un vrai soleil meurtrier. Ce qu’il est en réalité. Donc un vrai sujet de
peinture.
On a souvent vu au long de l’histoire de l’art de frêles nus de jeunes femmes qui
nous fascinent et nous désespèrent comme un meurtre longuement prémédité et
porté par la peinture à sa perfection. La jeune femme à sa fenêtre ne fait pas de
différence et son pinceau sera la même arme pour crucifier l’engin et le nu ; Ce
n’est plus elle à sa fenêtre mais l’engin dans les limites de la toile, comme une
autre ouverture.
Et puis il y eut les mouches, rappel savoureux de celles que les Merveilleuses se
collaient sur le visage pour attirer les Muscadins. Ici les mouches, ou l’absence
de mouches, brossées sur de petites toiles carrées se sont envolées chez des
amateurs d’arts contemporains. Car leur accrochage est à la fantaisie de
l’acquéreur. Petit volatile docile grâce à qui le jeu est de nouveau permis dans
l’usage du trompe-l’œil ; Ce qu’ignorent les chantages et charcutages
(in)esthétiques d’Orlan ou des frères Bogdanov.
Et remontant le temps, nous voici à l’école des Beaux-arts. Un colloque eut lieu
sur le Mal : Psychanalyste, philosophe, évêque et historien de l’art planchent sur
le sujet. Vient l’édition de ces actes. Et notre artiste à sa fenêtre (déjà !) peint à
cette occasion un (auto ?) portrait les seins nus et visage camouflé dans un
masque à gaz et tenant à bout de bras une Terre carbonisée, comme Hamlet son
crâne et qui murmure : « être ou n’être pas… » Peggy Fraquet en peignant ce
qu’entre d’autres époques on baptisait « chef-d’œuvre », murmurait plutôt :
« être malgré tout ou n’être plus… » La seule question qui vaille, peinte de loin
en loin entre des tragédies et des orgasmes plus ordinaires, donc plus
rentables…
Voilà! Peggy m’avait demandé une critique, et j’ai glissé sur la pente redoutable
de l’éloge…
Michel BLAIS
Artiste angevin, Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres
(Edité le 14.03.22)